
Brésil, XVIe siècle
CAPOEIRA
La danse des guerriers
La Capoeira naît au Brésil colonial, à partir du XVIe siècle, dans les senzalas (quartiers d'esclaves) et dans les quilombos (communautés d'esclaves marrons). Elle est le fruit d'un métissage entre les traditions martiales et dansées des peuples Bantous d'Angola et du Congo — notamment le n'golo, la « danse du zèbre » — et les conditions brutales de la vie sous esclavage. Interdits d'armes et de combat, les esclaves déguisent leurs entraînements martiaux en danse : c'est la naissance d'un art qui camoufle sous la fluidité du geste une redoutable efficacité.
Après l'abolition de l'esclavage en 1888, la Capoeira est criminalisée jusqu'en 1937. C'est à Bahia, dans les années 1930, que Mestre Bimba structure la « Capoeira Regional » et Mestre Pastinha préserve la « Capoeira Angola ». Depuis, elle a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO (2014). Elle se pratique en roda, un cercle formé par les musiciens et les capoeiristes, au centre duquel deux joueurs (jogadores) improvisent un « jogo » — un jeu à la fois martial, dansé et musical.
On distingue deux grandes écoles. La Capoeira Angola, la plus ancienne, se joue au sol, lentement, avec ruse et humour : c'est un jeu de fauve, plein de faux-semblants, où l'on lit son adversaire. La Capoeira Regional, plus récente, ajoute une gestuelle martiale plus verticale, des coups plus rapides, des acrobaties. Beaucoup d'écoles contemporaines pratiquent une « Capoeira Contemporânea » qui puise dans les deux traditions. Dans tous les cas, la musique n'est pas un accompagnement : c'est elle qui dicte le rythme, l'énergie et la nature du jeu.
Comment ça se danse
La technique & les figures
La Capoeira n'est ni une danse pure ni un art martial pur : c'est un « jogo », un jeu, dont la logique est le dialogue. Deux capoeiristes entrent dans la roda et improvisent en fonction de ce que l'autre propose : à chaque attaque répond une esquive et une contre-attaque suggérée. Tout le vocabulaire repose sur trois piliers : la ginga (le mouvement de base perpétuel), les esquivas (esquives) et les golpes (coups). Rien n'est prédéterminé, tout est écoute et musicalité.
Les styles et les fondamentaux
Deux grandes traditions cohabitent. La Capoeira Angola, préservée par Mestre Pastinha à Bahia, se joue proche du sol, lentement, avec beaucoup de mandinga (ruse, feinte, théâtralité). Elle porte fièrement ses racines africaines et sa dimension rituelle. La Capoeira Regional, créée par Mestre Bimba dans les années 1930, structure l'apprentissage en séquences (« sequências ») et intègre des influences du batuque et d'arts martiaux ; elle est plus verticale, plus rapide, plus « sportive ». Toutes deux se pratiquent en roda, autour d'une bateria (orchestre) menée par le berimbau.
Figures principales
- 01
Ginga
Le mouvement de base, perpétuel : balancement d'un pied à l'autre en triangle, jamais immobile. C'est la respiration de la Capoeira ; sans ginga, pas de jeu possible.
- 02
Au (roue)
Roulade de côté, mains au sol, jambes en l'air. Sert d'entrée, de sortie ou d'esquive. Fondamentale pour circuler dans la roda.
- 03
Meia-lua de frente
Coup de pied circulaire, la jambe décrivant une demi-lune horizontale à hauteur de tête. Coup emblématique et souvent premier apprentissage.
- 04
Armada
Coup de pied tournant : le corps pivote sur lui-même et la jambe libre balaie l'espace. Un des coups les plus spectaculaires de la Capoeira Regional.
- 05
Rasteira
Balayette au sol, pied crocheté derrière la jambe d'appui de l'adversaire, pour le faire tomber. Signature du jeu de Capoeira Angola.
- 06
Esquiva baixa
Esquive basse : le corps s'accroupit soudainement pour passer sous une attaque circulaire. Elle enseigne l'importance des jambes pliées et du bas.
- 07
Queda de rins
Équilibre sur un coude, le corps horizontal au-dessus du sol. Figure d'appui typique du jeu bas de la Capoeira Angola.
- 08
Chamada
« Appel » : un joueur invite l'autre à venir vers lui dans une posture rituelle, pour marquer une pause dans le jeu et tester sa vigilance. Emblème de la mandinga angolaise.
Lire la musique
La bateria est menée par trois berimbaus (arc musical à une corde et calebasse : gunga, médio, viola), auxquels s'ajoutent atabaque (tambour), pandeiro (tambourin), agogô et reco-reco. Chaque « toque » de berimbau — Angola, São Bento Grande, Iúna, Samango — dicte la nature du jeu : lent et rusé, martial et rapide, rituel, ludique. Les chants (ladainhas, corridos, quadras) racontent l'histoire des mestres, la mémoire de l'esclavage et les codes de la roda.
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