
Séville, Espagne, XIXe siècle
SEVILLANAS
La fête andalouse
Les Sevillanas sont une danse populaire née à Séville au XVIIIe et XIXe siècle, à partir des seguidillas castillanes. Contrairement à ce que beaucoup croient, elles ne sont pas du Flamenco : elles n'appartiennent pas aux palos flamencos et ne se dansent pas dans un tablao, mais dans les rues, les casetas et les patios pendant la Feria de Abril, le Rocío et toutes les fêtes andalouses. C'est une danse de couple, festive, joyeuse, transmise de génération en génération dans les familles.
Sa force tient à sa structure très codifiée : une sevillana se compose de quatre parties (« coplas »), chacune avec sa propre chorégraphie mais avec une architecture commune — paseíllo, pasadas, careos et remate final. À chaque copla, les partenaires se croisent, se tournent le dos, se retrouvent face à face, en un jeu ininterrompu de séductions, de refus et de retrouvailles. Les castagnettes marquent le rythme ; la robe à volants (traje de gitana ou faralaes) dessine dans l'espace des courbes rouges, roses, à pois.
Les Sevillanas ont depuis quitté l'Andalousie pour se danser dans le monde entier. Elles constituent souvent la porte d'entrée « accessible » à la culture flamenca : plus faciles à apprendre que les palos jondos, plus joyeuses, dansables sans une décennie de travail. Elles servent aussi d'échauffement rituel dans les écoles de danse espagnole, et la plupart des grands maîtres de baile flamenco ont commencé par elles.
Comment ça se danse
La technique & les figures
Les Sevillanas se dansent en couple, sur un rythme ternaire à 3/4. Chaque « copla » (couplet) suit une architecture identique : une introduction musicale pendant laquelle les partenaires s'installent face à face, puis trois « passages » chorégraphiés séparés par des « paseíllos » (petits pas de liaison), et enfin un remate (arrêt sec) sur le dernier accord. On danse toujours quatre coplas d'affilée — c'est la règle, transmise en famille, dans les écoles et pendant la Feria.
Les styles et les fondamentaux
Il n'existe pas d'écoles concurrentes comme en Flamenco ; les Sevillanas sont un patrimoine partagé. Mais on distingue des styles régionaux : celui de Séville, plus retenu et élégant ; celui du Rocío, plus rythmé et proche du fandango ; celui de la Corrala, dansé dans les cours de Madrid. Les femmes portent traditionnellement le traje de gitana avec ses volants (faralaes) et parfois une mantón (châle) ; les hommes le costume court avec bottes camperas. Les castagnettes (palillos) sont facultatives mais courantes chez les danseuses.
Figures principales
- 01
Paseíllo
Petit pas de liaison qui ouvre et ferme chaque section de la copla. C'est la respiration de la danse, exécutée en marchant élégamment autour du partenaire.
- 02
Pasadas
Passages où les deux partenaires se croisent en s'échangeant leur place, épaule contre épaule sans se toucher. Elles rythment chaque copla.
- 03
Careo
Confrontation face à face, où les partenaires se toisent en marquant les temps forts avec les bras et les castagnettes. Moment de séduction et de défi.
- 04
Remate
Arrêt sec et théâtral qui conclut chaque copla, sur le dernier accord musical. C'est le point d'exclamation de la danse.
- 05
Braceo
Mouvement enveloppant des bras, en huit ou en couronne, hérité du Flamenco. Chez les femmes, les mains fleurissent ; chez les hommes, elles restent plus fermes et hautes.
- 06
Vuelta
Tour du danseur sur lui-même, en une ou deux mesures, pour changer de position. Il ponctue les transitions entre pasadas et careos.
- 07
Castañuelas (palillos)
Jeu de castagnettes : le « macho » (grave) dans la main gauche marque la pulsation, la « hembra » (aiguë) dans la main droite exécute les roulements (carretillas) et les accents.
Lire la musique
Les Sevillanas se chantent à deux voix, sur des guitares andalouses, souvent accompagnées de castagnettes, palmas et tambourin. La structure musicale est immuable : introduction, trois passages, remate — le tout répété quatre fois, une par copla. Les paroles racontent la Feria, le Rocío, la Vierge, l'amour, la Séville éternelle. Écouter une bonne « colección de sevillanas » (Cantores de Híspalis, Ecos del Rocío) suffit à installer la danse dans le corps.